Focus sur « En Plein cœur » de L.A. Morgane

Logo des éditions du Transimaginaires 2019
Focus "En Plein Cœur", de L.A. Morgane
Vous avez aimé "En Plein cœur" de L.A. Morgane ou hésitez à le découvrir ? Accompagnez-nous en coulisses pour explorer l’envers du décor…

Sommaire

~ 8 minutes

Accompagnez-nous dans les coulisses de l’univers de L.A. Morgane, à la découverte de sa nouvelle « En Plein coeur ». Attention, spoilers !

De l’eau dans le désert : le trésor caché

Au bout de trois ans de ses services, Khaleel se dit qu’Azad était comme le désert. Silencieux et impénétrable à l’aurore de leur relation, dissimulé sous plusieurs voiles de mystère qui cachaient jusqu’à ses yeux, il s’était lentement révélé à la caresse du soleil.

Pourquoi avoir choisi le désert comme décor de cette intrigue ?

Je pense que c’est dû au fait que je venais de relire L’Alchimiste de Paul Coelho… Mais c’est surtout lié à mes souvenirs d’enfance du Petit Prince de Saint Exupéry, dont un passage m’a beaucoup marquée : celui, très connu, où le protagoniste rencontre un renard qui lui demande de l’apprivoiser.

Pour moi le désert est intimement lié à cette histoire d’amitié, de recherche de soi, de l’autre, et j’ai sans doute inconsciemment fait le rapprochement. Après tout, En Plein cœur est aussi l’histoire d’un apprivoisement long et mutuel.

« J’ai fait le vœu de ne couper mes cheveux que lorsque j’aurais tué l’homme qui m’a blessé. Mais aujourd’hui c’est comme s’il était mort dans mon cœur, tout comme la haine que je nourrissais envers ton peuple. »

Considères-tu qu’il n’existe que ces deux possibilités —vivre avec sa haine jusqu’à en détruire le responsable ; accepter et pardonner les torts— ou vois-tu d’autres solutions pour surmonter la souffrance causée par autrui ?

Je ne pense pas qu’il faille pardonner à tout prix. Ou que si l’on pardonne, il ne faut pas oublier qui nous a blessé et pourquoi. Dans ce cas précis, ces deux hommes n’ont cependant que des raisons circonstancielles d’être ennemis. Leur détestation mutuelle naît des conséquences de la guerre, une situation exceptionnelle et temporaire. Pour l’un, elle s’incarne dans une blessure qui lui a laissé de graves séquelles, et pour l’autre, dans l’annihilation de son groupe social.

En privé, sans raison de se haïr puisqu’aucun n’a de grief personnel envers l’autre, ils s’entendent au contraire extrêmement bien. En vouloir à l’autre est alors instinctif et stérile. La souffrance que l’autre nous a causée dans une situation exceptionnelle ne se répètera pas, et le danger est passé. Mais pour surmonter notre rejet instinctif, il faut le conscientiser, le comprendre, et apprivoiser notre douleur. C’est moins l’autre qu’il faut pardonner dans ce cas, que notre propre vulnérabilité, et notre propre culpabilité face à nos failles.

« Je veux savoir qui tu es. — Cela fait trois ans que je vous sers. Si vous ne le savez pas encore, c’est que vous ne le souhaitez pas vraiment. »

Dans ton récit, l’entente découle de la compréhension mutuelle des protagonistes, née d’une relation de plusieurs années. Selon toi, est-il possible d’accepter l’altérité sans cette connaissance ?

Je pense que c’est difficile. Selon moi, les êtres humains sont des créatures opportunistes, qui souhaitent avant tout survivre. Le plus efficace pour nombre d’entre eux est de suivre des schémas déjà appris, car réfléchir et se remettre en question est un processus long et coûteux en énergie. En somme, se confronter à l’inhabituel demande un effort que tout le monde ne peut ou ne veut pas fournir, en tout cas à un moment donné.

Je pense donc que, pour être en paix avec ce qui diffère de nos habitudes, il faut avoir la possibilité et la volonté de s’y confronter. Parfois, notre énergie doit se focaliser sur des problèmes plus vitaux pour nous, individuellement. Parfois nous n’avons pas la motivation nécessaire à fournir cet effort.

Khaleel souffre physiquement et mentalement de sa blessure. Au début du récit, il n’est pas dans la capacité d’accepter la véritable identité d’Azad. Puis, alors que sa relation avec son serviteur devient amicale, il ne ressent pas le besoin d’en savoir plus et se complait dans cette entente devenue confortable pour lui. Ce n’est que la morsure soudaine et cinglante du désir qui le pousse à bousculer ses habitudes.

Mais Khaleel n’est pas non plus quelqu’un de rancunier, ni de déraisonnable. Ni lui ni Azad ne s’entêtent à se venger de l’autre, parce qu’ils ont la capacité de prendre du recul sur les véritables causes de leur souffrance. Mais s’ils ont développé cette capacité, c’est aussi parce qu’ils se sont donné le temps d’apprendre l’autre, de s’y habituer, de le comprendre. Ils se sont donné une chance de s’apprivoiser, et y ont tous les deux gagné non seulement un soutien fidèle, mais la chance de sauver leur peuple respectif.

Khaleel et Azad

Khaleel préférait sentir la pierre sous ses pieds, fraîche jusqu’à ce que le soleil réchauffe la ville, qui se draperait ensuite dans l’ombre des très hautes falaises auxquelles elle s’adossait. Régulièrement, comme une clepsydre, contrairement au désert changeant.

Khaleel et Azad sont deux hommes que tout oppose, en particulier leur haine née d’une rencontre fugace, mais décisive pour la liberté des leurs. Comment se fait-il qu’ils s’entendent aussi bien ?

Ces personnages sont un miroir l’un de l’autre, construits selon le principe du Yin Yang. Cette vision du monde se définie comme une ombre sur un paysage montagneux : lorsque la vallée est à l’ombre, la montagne est ensoleillée, et vice versa. Ce n’est pas uniquement une opposition, mais une notion de complémentarité qui se retrouve dans ces personnages. Ils n’existent qu’en rapport l’un à l’autre.

Khaleel semble impulsif et émotif, mais il sait se montrer pondéré. Azad paraît calme et stoïque, mais il est en fait passionné. Ces personnages sont construits en chiasme, c’est-à-dire que les qualités de l’un et de l’autre s’entrecroisent et s’intervertissent au sein du récit. Comme ces deux personnages sont, somme toute, deux facettes de la même histoire, il est dans la logique du récit qu’ils fusionnent à la fin, lors de leur réconciliation.

C’était comme si le destin leur parlait.

Khaleel et Azad suivent un parcours semblable, pourtant l’histoire est racontée du point de vue du vainqueur. Quelle volonté se cache derrière ce choix narratif ?

J’aime écrire les antihéros, ou du moins les personnages présentant les plus grosses failles. Je trouve que l’arc narratif d’un personnage est plus intéressant quand il doit évoluer et apprendre, puisque c’est là que réside l’histoire.

Khaleel ne débute pas avec la même patience ni la même sagesse qu’Azad. Peut-être parce qu’il a la liberté de ne pas grandir, alors qu’Azad a été fait prisonnier et doit donc contrôler ses actes… Khaleel était donc plus intéressant à suivre.

Il parla mieux que Khaleel l’avait escompté des dispositions à prendre pour protéger Ma’askar des tempêtes de sable, des modes d’élevages à mettre en place, des caravanes qu’il faudrait instaurer jusqu’aux pays voisins pour conserver une certaine autonomie commerciale.

Khaleel et Azad semblent tous deux instruits au regard de leurs peuples respectifs. Y a-t-il là une volonté de montrer que seule la connaissance permet d’accéder à la sagesse ?

Ce n’était pas mon propos, et je ne considère pas Khaleel ou Azad comme des érudits, bien qu’ils soient compétents. Je pense que, si les récits anciens à destination de la noblesse mettaient en avant des personnages de leur classe, aujourd’hui le statut aristocratique est surtout une manière de signifier l’exceptionnalité d’un personnage. Il est « prince », soit « premier » dans la narration.

À vrai dire, je pense avoir puisé dans mes souvenirs de lecture d’enfant pour écrire ce récit, tel que le conte de Floire et Blancheflor, ou le Cantique des Cantiques. Mon écriture est imprégnée de classicisme, car j’ai commencé à lire avec des récits mythologiques et des chansons de geste. C’est sans doute un de mes travers d’écriture !

Eros et thanatos : la symbolique du cœur

« Avant, je pouvais courir et galoper pendant des heures. Je pouvais dormir et respirer. »

La blessure de Khaleel prend une importance immense pour lui, mais aussi pour le lecteur puisqu’elle devient une obsession qui guide ses décisions. Pourquoi « en plein cœur », et pourquoi prend-elle une telle ampleur ?

De façon un peu évidente, je voulais établir un parallèle entre la blessure mortelle et la blessure d’amour. Dans les deux cas, c’est toucher un point vital dont notre existence dépend.

La blessure physique à la poitrine marque l’importance de cet événement pour Khaleel, car cela change sa vie. Mais vous aurez peut-être remarqué que le boulet du mangonneau donne « en plein cœur de l’armée nomade » d’Azad, qui est donc blessé de manière tout aussi vitale.

Et c’est l’amour, obtenu par le respect de l’autre, la patience et le partage de soi qui soigne cette même blessure. Je n’aime pas l’admettre, mais j’écris des romances un peu clichées…

 « Vous cherchez beaucoup d’hommes, pour un prince qui préfère les femmes », commenta Azad de derrière son voile imperturbable.

Tu construis l’amitié entre Khaleel et Azad tout au long du récit. Quel est l’intérêt narratif de transformer cette amitié en amour ? Quel est le symbole de cette relation et de ce baiser final ?

En littérature, l’amour est un symbole de réunion et d’alliance. Cela ne concerne pas forcément le genre même de la romance, qui pour le coup s’interroge sur l’amour en tant que tel. Mais dans les autres types de récits, les histoires d’amour sont un outil narratif.

C’est une manière de dire que deux points de vue convergent et se rejoignent. Une bonne romance est, en fiction, une victoire sans perdant, donc une manière de signifier que les thèses incarnées par les personnages de cette romance ont trouvé un point d’entente.

Les histoires d’amour n’ont pas à être romantiques ni sexuelles, mais dans cette histoire, la force d’abord du désir puis de l’intérêt pour l’autre incarne bien le bouleversement que ressent le protagoniste lorsque cette passion remet en question sa vision du monde.

« Je me suis senti devant lui comme devant une femme. Je ne parvenais plus à respirer, à parler. J’en aurais oublié mon nom. »

Sur le même sujet, pourquoi avoir mis en scène deux hommes ? Aurait-ce été différent avec deux femmes ou un couple hétérosexuel ?

Écrire un couple hétérosexuel est plus compliqué selon moi, car il existe dans notre société des rôles de genres dans lesquels le lectorat s’attend à retrouver certains personnages. Or je souhaitais écrire un récit court sur un thème précis ! Le temps passé à convaincre mon auditoire que les membres d’un couple hétérosexuel sont sur un pied d’égalité malgré une dynamique de servitude aurait parasité le sujet principal.

Et d’ailleurs, dans ce cas, qui afficher dans quel rôle ? Faire de l’homme le maître serait ajouter à ce trope et renforcer les stéréotypes actuels. Mais faire de la femme la maîtresse obsessive aurait été renforcer, de nouveau, le mythe selon lequel les femmes seraient trop émotives. Et comme je venais d’écrire un couple de femmes dans Vulka, j’ai choisi de varier.

Vous n’aviez pas la même vision d’En Plein cœur? Laissez-nous vos propres interprétations en commentaires !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Découvrez nos P·I·Ps !

La prochaine étape de notre implantation sur Terre consiste à proposer des Portails Interdimensionnels de Poche.

Grâce à la souplesse et la légèreté de leur petit format, vous pourrez les transporter partout avec vous !

Vous les trouverez sur notre site dès que nous aurons compris comment fonctionne l’administration terrienne…

À venir : Voyages Stellaires

Une fois que nous aurons mis en place les P·I·Ps (Portails Interdimensionnels de Poche), nous voulons instaurer des moyens plus conséquents pour traverser les dimensions.

Nos équipes de recherche travaillent donc sur d’élégants véhicules de traversée Inter-Dim, grands et solides, optimisés pour le Voyage Stellaire.

Ces formats prestigieux seront proposés en éditions limitées, dans le but de proposer des ouvrages aussi variés qu’inoubliables.

Veuillez vous enregistrer pour accéder au Transimaginaires

DÉPART : Votre dimension > DIRECTION : Les autres mondes