La Mue de l’araignée

La Mue de l'araignée, L.A. Morgane, couverture
Forcée de délaisser le premier reportage qui lui tenait à cœur, une journaliste courageuse mais dépassionnée s’aventure dans la jungle colossale de l’Adêbero. Guidée par une scientifique sarcastique fondue d’araignées, Sophia s’engage sur les ponts suspendus à la rencontre de mygales gigantesques… jusqu’à un lieu incroyable, mais surtout jusqu’aux réponses qu’elle pensait trouver ailleurs.

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La Mue de l’araignée, L.A. Morgane

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Une journaliste courageuse mais dépassionnée s’engage dans une jungle colossale à la découverte de mygales géantes… et d’un lieu incroyable, qui pourrait bien lui apporter des réponses inespérées.

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Description

Forcée de délaisser le premier reportage qui lui tenait à cœur, une journaliste courageuse mais dépassionnée s’aventure dans la jungle colossale de l’Adêbero. Guidée par une scientifique sarcastique fondue d’araignées, Sophia s’engage sur les ponts suspendus à la rencontre de mygales gigantesques… jusqu’à un lieu incroyable, mais surtout jusqu’aux réponses qu’elle pensait trouver ailleurs.

Informations complémentaires

Poids0.201 kg
Dimensions12.80 × 0.58 × 19.80 cm
Format(s)

Broché, ePUB, Kindle

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Extrait

« On m’a dit que vous seriez deux », fit remarquer Sathoban Madayali alors que la journaliste la suivait précautionneusement à l’intérieur du refuge. Sophia semblait jeune. Méfiante. Fatiguée, aussi. Sans doute à cause de son vol tardif vers l’unique aéroport de Sunirma, suivi du trajet très matinal sur les mauvaises routes de terre qui conduisaient à cet endroit perdu.

« Oui, mais Juliette —je veux dire, madame Descamps— a préféré rester dans la baie de… enfin, rester sur place, de peur de manquer les baleines. Leur migration a été perturbée par la météo, et nous avons engagé des frais pour ce reportage, alors… »

Elle se frotta les yeux, et Sathoban hocha la tête en signe de compréhension. Sa jeune hôte paraissant mal réveillée, elle se rendit jusqu’au bureau encombré de paquets de riz et de grappes de bananes mûres pour mettre en marche la cafetière.

Sophia grimaça en la voyant allumer la machine maculée de taches brunes.

La pièce était à l’avenant. Rustique, désordonnée, elle aurait pu sembler vaste si des liasses de notes et des revues spécialisées ne s’empilaient pas sur le mobilier de bois sculpté. Mal à l’aise dans l’atmosphère humide, mais heureuse de se retrouver dans un lieu ombragé, Sophia s’aventura à la découverte du refuge.

Il paraissait, de prime abord, sale et poussiéreux. Cependant, la journaliste prit conscience que cette impression était due aux rigoles que la moiteur traçait partout contre les murs. Alors que le soleil s’annonçait à peine, des gouttelettes perlaient sur les vitres tachetées d’eau séchée, et ce malgré les absorbeurs d’humidité placés près du matériel électrique. Sophia elle-même était en nage.

« Je comprends que vous vous soyez séparées », dit Sathoban en finissant d’entasser ailleurs les objets qu’elle venait d’ôter du sofa. « Certains rendez-vous se préparent longtemps à l’avance, et ne se reportent pas. »

« D’autant plus que le phénomène que nous souhaitons observer ne se produit qu’une fois par an », renchérit Sophia en allant s’asseoir sur le canapé désormais dégagé. Et qu’il est avéré, lui.

Le bois sembla jouer sous elle comme s’il était encore vert, et toujours vivant. Posant sa paume à plat dessus, elle ne put découvrir s’il était vraiment souple ou simplement humide. « Comment faites-vous pour vivre ici toute l’année ? Ce local est complètement perdu. J’ai passé presque une heure à convaincre une habitante de bien vouloir m’y amener. »

Sathoban haussa les épaules. « J’aime le silence », dit-elle. « C’est une vie rude, mais c’est tranquille. Et je ne vis pas ici au quotidien. Je ne viens que quelques jours par semaine. Le reste du temps, je suis au village. »

Le silence ? La jungle résonnait du bruissement des feuilles et d’appels d’oiseaux, d’insectes, de singes. Ce refuge apparemment perdu à la cime des arbres avait été construit au cœur de la métropole mondiale de la faune et des fleurs. Sathoban était peut-être misanthrope…

La scientifique tendit une tasse de café à la nouvelle venue —en main propre, puisqu’elle n’avait pas pris la peine de déblayer la table basse— avant de venir s’asseoir à côté d’elle. Elle déposa sur la pile qui encombrait le meuble deux gros masques à demi transparents.

« Ce sont nos respirateurs. Le niveau d’oxygène, de l’autre côté du col, est démentiel par rapport à ce à quoi tu es habituée. J’imagine que tu as déjà commencé à en ressentir les effets. Les villageois d’ici s’y sont adaptés, mais même moi je mets ce truc. »

Sophia prit l’objet qu’on lui tendait. Il ne recouvrait que le nez et la bouche et s’attachait derrière la tête grâce à des lanières. Elle n’avait jamais vu ce type d’équipement auparavant, bien qu’il lui rappelle le matériel de plongée.

« Tu porteras aussi une bouteille d’air comprimé. Ce masque permet de diluer l’oxygène pour respirer normalement. À plus de trente mètres du sol, nous ne voudrions pas que tu t’évanouisses durant le parcours, n’est-ce pas ? J’espère que tu n’as pas le vertige. »

Sathoban lui jeta un regard curieux, et Sophia se raidit. Elle reconnaissait ce ton plein de sous-entendus, qui laissait présager la suite. « Pas à ce que je sache », répliqua-t-elle sèchement.

La scientifique enchaîna quand même, avec la remarque habituelle : « Ce serait plutôt ironique, pour une Mué. »

Sophia expulsa son agacement par le nez, en un souffle sec, bref, et significatif. « Je ne suis pas une Mué. »

D’expérience, elle savait que son interlocutrice allait maintenant exprimer son étonnement, voire mettre en avant son sens de l’observation en étalant sa science concernant un peuple qu’elle connaissait à peine.

« Vraiment ? Pourtant tu présentes des caractéristiques physiques assez ressemblantes : ta taille, la structure de ton corps, son taux de mélanine… »

Cela ne manquait jamais.

« Je ne suis pas une Mué », Sophia répéta tout aussi sèchement que la première fois. « Je suis née dans le même pays que Juliette, où j’ai été élevée par des humains. Je n’ai jamais parlé à une Mué de ma vie. »

« Mm. » Madame Madayali parut sceptique, mais se décida enfin à changer de sujet. Elle montra donc à Sophia comment fonctionnait le respirateur, et lui expliqua en détail la manière de l’utiliser.

Sophia ne détestait pas son apparence. Tout concordait à affirmer qu’elle était effectivement issue d’une Mué : sa stature plus menue mais proportionnellement plus robuste que celle des humains, ses cheveux et ses yeux très sombres, sa peau naturellement brune… le nombre de ses os, la position de ses muscles et l’attachement des tendons, notamment au niveau des chevilles ; enfin, quantité de petits détails qui ne la distinguaient pas grandement du reste de la population.

Cependant, Sophia n’aimait pas que cet ensemble de caractéristiques physiques, sur lequel elle n’avait aucune prise, serve systématiquement à la différencier des autres —et elle détestait encore plus s’entendre qualifier de Mué quand la personne qui lui avait transmis ce patrimoine génétique l’avait abandonnée à la naissance.

Comme les baleines, les Mués étaient réputées pour leur solidarité presque symbiotique, pour leur attachement indéfectible à leur peuple… et pourtant, la famille de Sophia l’avait délaissée.

Être constamment ramenée à celles qui l’avaient rejetée ne la réjouissait pas particulièrement.

« Nous passerons par le réseau de ponts suspendus », dit Sathoban en fouillant la table basse à la recherche d’une carte. Elle la déploya entièrement avant de replier en accordéons les pans de monde qui ne les concernaient pas à présent. « Tu vois ? » Son doigt brun suivit le chemin de lignes qui avait été ajouté au feutre bleu. « Ces deux-là —ce sont des ponts de cordes. Je te prêterai mon matériel de ferratisme. Moi, j’ai tellement l’habitude que je ne l’utilise presque plus. »

Elle tapota deux endroits distincts. « Ici et là, il faudra être très prudentes. Je te guiderai. En soi, comme tu peux le remarquer, nous n’allons pas très loin, mais tu n’y connais rien alors je préfère avancer doucement, d’accord ? Nous en aurons au maximum pour une demi-journée. »

Le visage de Sophia s’illumina. « Au total ? »

« À l’aller. Nous rentrerons à la tombée du jour. »

Sathoban plissa les yeux en voyant l’optimisme de la journaliste s’évaporer. Sophia aurait cependant dû se douter que leur randonnée prendrait du temps puisque Sathoban lui avait demandé de la rejoindre avant l’aube.

« Il n’y a vraiment pas moyen d’aller plus vite ? », demanda tout de même Sophia en saisissant la carte à la recherche de son échelle. « Les baleines devraient arriver d’un jour à l’autre et si je me dépêche, je peux avoir un avion de retour demain matin. Il n’y en a qu’un par jour. »

Sunirma n’était pas un grand pays.

« Je te garantis que tu ne perds pas ton temps », répondit Sathoban d’un ton pincé, froissée par le désintérêt de la jeune femme. Elle avait pourtant l’habitude que son sujet d’étude rebute ses interlocuteurs… Elle se frotta le front un moment, puis s’accouda sur ses genoux en se penchant vers Sophia.

« Écoute, j’ai vraiment besoin que tu fasses ce reportage. S’il attire l’attention, je pourrais lever suffisamment de fonds pour explorer le marais, et tu verras bientôt à quel point cela pourrait être révolutionnaire. Ce n’est pas la première fois que je publie un article en collaboration avec des journalistes, et cela ravive toujours une étincelle de mode. D’habitude le sujet n’est pas assez glamour pour mettre le feu aux poudres, mais… cette fois-ci, je suis convaincue qu’on peut provoquer un véritable feu d’artifice ! »

Sophia suivit son laïus sans réagir. Elle avait beau débuter dans le métier, ce n’était pas la première fois qu’on essayait de lui vendre la lune. Certes, Sathoban faisait partie des passionnées incapables de mesurer la valeur authentique de sa trouvaille plutôt que des escrocs, mais le résultat serait le même : elle lui faisait perdre son temps.

Sophia aurait dû se tenir aux côtés de Juliette, à dégobiller son mal de mer par-dessus le bastingage d’une corvette en attendant de voir filer sous elle le corps fuselé des cétacés. Peut-être même auraient-elles découvert l’un des baleineaux orphelins avant que les vagues ne l’emportent, et pu mettre à l’épreuve leur dispositif de sauvetage…

Dire qu’elles avaient peiné des mois à contacter des spécialistes et des bénévoles, à mendier des autorisations administratives et à arracher des financements à des pingres… tout s’était envolé lorsque Juliette avait reçu la photographie.

Une vulgaire photographie numérique, si facile à trafiquer que Sophia en était malade. Mais elles ne pouvaient pas se permettre de laisser passer une exclusivité, aussi frauduleuse qu’elle puisse être.

De toute manière, Juliette l’employait. Sophia n’avait pas son mot à dire.

« Puisque je suis là, autant mettre ce contretemps à bon usage », répondit-elle en haussant les épaules. « Mais si on parvenait à revenir avant la nuit, ça m’arrangerait vraiment. »

· Fin de l’extrait ·


Autres illustrations du livre broché


J’étais partagée entre la curiosité et l’arachnophobie, mais ça donnait des frissons assez agréables…

Marine, relectrice du Transimaginaires

J’en vois déjà qui froncent les sourcils.. Une histoire d’araignées ? Ah, encore… Eh bien non justement et ce n’est pas là la moindre des qualités de ce texte. Dire qu’on en prend plein les yeux n’est pas exagéré, c’est la réalité. L’écriture et le style de l’auteure nous envoient en pleine jungle. On ressent la moiteur, les cris inconnus et les dangers qui guettent les héroïnes. Et les découvertes d’endroits inconnus nous plongent dans des contrées proches du rêve. Nous sommes confrontés dans les mêmes moments aux dangers qui les guettent (Le passage du pont de jungle branlant est une petite merveille à cet égard). Les scènes où les jeunes femmes rencontrent enfin les araignées géantes sont de petites merveilles. Ah cette description du terrier de la mygale ! L.A Morgane réussit à nous fasciner, à nous hypnotiser sur le mode de vie de ces monstres sans nous terrifier. En dire plus serait spoiler, mais disons que l’on ressortira de ce livre avec une grande envie d’en savoir plus sur ces petites bêtes…

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Parce qu’elle a vécu dans divers pays, L.A. Morgane souhaite dépayser son auditoire en l’immergeant dans des perspectives étrangères. Son mot d’ordre est de divertir en instruisant. Convaincue que la lecture façonne nos mondes intérieurs, elle espère révéler par sa plume de nouvelles versions du cosmos, dans toute son horrible beauté…

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